Historien de la presse, des idées politiques et des familles françaises, Pierre-Marie Dioudonnat est né en 1945. Il a participé à la création de la revue Contrepoint en 1970 et à la fondation du Cercle de généalogie juive en 1984. Il a aussi été éditeur et libraire.
Le 14 juin 1940, la Wehrmacht entre dans Paris. La capitale devient, pour quatre années, celle de la France allemande et le théâtre des rivalités entre les pouvoirs qui s’y installent au nom du vainqueur : administration militaire, services de propagande, polices et SS, ambassade. Le projet de l’Allemagne est d’exploiter le pays vaincu au mieux de ses buts de guerre et de le coloniser, la persécution antisémite s’y affirmant, au fil des mois, comme une préoccupation majeure.
Foisonnante avant la guerre, la presse est une puissance que les occupants ciblent avec gourmandise. Le trust qu’ils bâtissent avec des concours quelquefois surprenants, dirigé par un fonctionnaire nazi, Gerhard Hibbelen, compte plus de vingt sociétés de droit français : liées par des participations croisées et gérées par un personnel d’hommes de confiance français, elles proposent une gamme étendue de publications dont Pierre-Marie Dioudonnat débrouille minutieusement l’écheveau.
Son analyse fine du monde de la presse et de ses personnages aux destins contrastés ouvre le propos sur l’histoire globale du XXe siècle français. Elle montre que la période de l’Occupation n’est pas une parenthèse dans l’histoire de la France mais s’inscrit dans son continuum. Elle permet de dresser un tableau coloré de l’entre-deux-guerres, où Pierre Laval se positionne déjà comme l’homme de tous les possibles, et qui connait une presse bouillonnante où le millionnaire franco-américain Raymond Patenôtre joue une partie singulière aux enjeux mystérieux, où une société change en profondeur par la modernisation des techniques, la transformation des modes de vie, le mouvement des idées et leur confrontation. Réinsérant dans le temps long l’histoire des années noires, Pierre-Marie Dioudonnat rappelle que, dans la France occupée, l’autonomie des pouvoirs autochtones se réduit comme peau de chagrin : c’est l’occupant qui fixe les règles, même si l’autorité suprême dont il est détenteur se fractionne entre centres décisionnaires concurrents.
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